« La plupart des gens ne savent pas pourquoi ils mangent. Ils mangent seulement pour satisfaire leurs désirs, seulement pour eux-mêmes. C’est faire la même chose que les chiens, les oiseaux et les asticots. Pour moi, c’est très clair : je mange pour pratiquer Zazen ». Maître Sawaki Kodo
Pratiquer les ORYÔKI, un service aux trois trésors.
Les ÔRYÔKI font partie des traditions Zen de don et de non-attachement.
Pourquoi dans le Soto Zen, un « rituel du repas » ?
Parce que la voie du Zen inclut tout, pas de séparations entre... zazen, manger, travailler, dormir, marcher...
Le rituel des repas, l'utilisation des 'ORYOKI', la récitation des Sutrâs, la prise de nourriture etc. C'est réapprendre, petit à petit, à retrouver les conditions originelles de l'humanité.
La vigueur du Zen, sa compréhension, la simplicité de sa pratique, résident entre autre dans la formulation des enseignements, dans la nature des enseignements. Le rituel des Oryoki est un de ses moyens habiles d’enseignement. L'enseignement est partout. Il n'y a pas de discriminations entre actions dites nobles ou actions dites vulgaires.
A la question « Qu'est-ce que le Zen ? », un maitre Zen répondit : « As-tu fini de manger ? … Alors, lave tes bols ».
Tout est éducation, apprentissage, retour aux sources. Alors pourquoi pas un « rituel du repas » ?
La façon de se nourrir actuellement en usage à Nanfutsu et dans les monastères Zen était déjà utilisées par les moines en Chine et au Japon il y a plus de 1000 ans.
Prendre les repas avec les oryokis marque :
Nous utilisons trois bols qui s'emboîtent enveloppés dans un tissu qui sert de natte, une serviette et un petit torchon, une cuillère, des baguettes, et une baguette plate avec un tissu en son extrémité (setsu) pour le nettoyage des bols.
Le terme ÔRYÔKI ne signifie pas seulement l'ustensile contenant la nourriture, mais aussi la pratique liée à ce récipient, la manière de le tendre (repas, nourriture, don, aumône, échange…).
En japonais, ce mot ÔRYÔKI est composé de trois symboles (kanji) :
O-RYO-KIO signifie :
O est la 'réponse' la réponse de celui qui reçoit (ho !).
RYO signifie 'quantité', une mesure ou une quantité à recevoir.
KI signifie 'contenant', le bol.
ORYOKI : « Le contenant garde la quantité qui répond aux besoins »
ORYOKI : « Récipient qui contient la quantité nécessaire »
ORYOKI : "juste assez, ni plus ni moins"
Nous savons toutefois très bien que parfois certains ont besoin plus que d'autres. L’oryoki sert à se nourrir, et entretenir la vie, de la nourriture nous est offerte, nous la prenons.
Pratiquer les oryoki c’est prendre conscience d’où provient la nourriture, d’où provient la vie. La nourriture que nous recevons est pour nous un Fuse (don), alors nous faisons une offrande du même repas au Bouddha de l'autel. La nourriture vient jusqu’à nous, dans notre oryoki, elle vient d’énergies et d’éléments cumulés, terre, air, eau, soleil, de femmes et d’hommes, aux champs, à la cuisine et au service. Notre reconnaissance envers ceux qui ont participé et envers le cosmos entier, s’exprime dans les sutras des repas que nous chantons ensemble. Nous chantons un sutra au Bouddha et un chant de gratitude : des travaux innombrables nous ont apporté cette nourriture, nous devrions réaliser comment elle est venue jusqu’à nous. En pratiquant la cérémonie des repas, nous devenons plus attentifs à ce qui est vital, plus responsables. Plus nous réalisons que la vie entretient la vie, plus nous devenons attentif et méticuleux. En mangeant, nous sommes intensément absorbés par un instant qui nous nourrit, et qui pour chacun, ne manque pas de prendre du sens, le sens subtil de notre existence ici et maintenant. Cela se produit pour tous, sans avoir à suivre de morale enseignée, de sermons, sans chercher à être comme ceci ou cela.
A Nanfutsu tous les repas sont pris ainsi.Chacun est cordialement invité à apprendre avec nous cette pratique « forte ». Le personnes novices dans cette pratique seront initiées par les pratiquants les plus expérimentés. Manger avec des bols d'oryoki n’est pas 'difficile', c'est simplement l’expression du soin avec lequel celui qui pratique le Zen approche l’existence.
Depuis Hui-Neng le sixième patriarche chinois du bouddhisme Tch'an (683-713), tous les moines reçoivent de leur Maître une robe de moine et un bol.Dans la tradition, la robe (Kesa) et le bol (oryoki) sont pour le moine Zen, les deux choses les plus nécessaires pour soutenir la vie et mener à bien son existence. Même le zafu peut être remplacé par un support quelconque trouvé sur place. Avec le vêtement, nous avons protection (chaleur, abri), avec le bol, la nourriture. Dans le bouddhisme ancien, la transmission du Kesa et de l’Oryoki était un signe important du maintien de la lignée de succession de maître à disciple.
Le bol des moines Zen fut aussi utilisé pour la mendicité. La mendicité n’est plus guère pratiquée que dans de rares temples, maintenant la plupart des moines travaillent, subviennent à leur propres besoins, le moine Zen est un moine laïc.